Il y a quinze ans, à Sidi Bouzid, Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant de 26 ans, s’est immolé par le feu pour protester contre la corruption généralisée de la police en Tunisie. Son geste a déclenché des manifestations massives dans tout le pays, qui ont finalement conduit à la démission du président Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans. Ces manifestations ont inspiré les populations de toute la région. En Égypte, à Bahreïn, en Libye, au Yémen et en Syrie, les citoyen.es ont commencé à développer une nouvelle conscience politique. Ils et elles ont recommencé à croire en leur propre pouvoir politique, un mouvement amplifié par l’impact des réseaux sociaux.
Sur des réseaux sociaux comme Facebook, les militant.es ont coordonné des marches, fixé des points de rencontre et se sont avertit mutuellement des mouvements de la police. Les images et les vidéos des manifestations se sont répandues comme une traînée de poudre, suscitant une sympathie mondiale que les gouvernements de l’époque n’ont pas pu contenir. Ce réveil a menacé les puissances impérialistes, qui ont rapidement pris des mesures pour orienter les révolutions avec des forces réactionnaires qui préserveraient les structures existantes et maintiendraient intacts les mêmes systèmes qui exploitaient la classe ouvrière arabe et les minorités.
En Égypte, le peuple a renversé Moubarak, pour finalement se retrouver face au retour d’un régime militaire. À Bahreïn, le soulèvement a été réprimé avec la complicité des pays occidentaux. Ainsi, si cette période a ravivé l’engagement politique, elle a également démontré comment les acteurs impérialistes extérieurs peuvent étouffer les voix révolutionnaires, introduire des éléments réactionnaires et exploiter les mouvements populaires pour préserver, voire promouvoir, leurs propres intérêts.
Les révolutions ont montré le courage de millions de personnes et ont mis en évidence la nécessité de construire des structures alternatives qui s’opposent aux puissances impérialistes. Une véritable révolution doit intégrer des changements structurels clés, et ne pas se limiter à la destitution d’un tyran.
La Syrie comme étude de cas
Au cours du Printemps arabe, motivés par les soulèvements tunisiens et égyptiens, des millions de Syriens sont descendus dans la rue pour réclamer la chute d’Assad. Alors que le soulèvement syrien se fragmentait sous l’effet des forces réactionnaires, un vide politique est apparu dans les villes à
majorité kurde. Les forces révolutionnaires kurdes ont saisi cette occasion pour réaliser l’une des réalisations les plus remarquables de l’époque : la révolution du Rojava. Lorsque le soulèvement syrien s’est fragmenté, les populations du Nord et de l’Est de la Syrie, notamment les Kurdes, les Arabes, les Syriaques, les Arménien.es et d’autres, ont choisi une voie différente. Elles ont créé des communes, des conseils et un système auto administré fondé sur la liberté des femmes, l’écologie et la démocratie locale. Conscients que des structures autonomes contrôlées par le peuple étaient essentielles pour empêcher la résurgence de l’ancienne oppression, ils et elles ont créé un projet qui embrasse le riche héritage ethnique et religieux de la Syrie. L’initiative dans le nord-est de la Syrie représente ainsi un changement structurel et moral par rapport à la politique impérialiste et coloniale qui a longtemps dominé le Moyen-Orient.
Contexte contemporain
Aujourd’hui, la Syrie reste une focale cruciale pour les forces révolutionnaires. Malgré la chute d’Assad , la réalité est que le gouvernement actuel de Damas, dirigé par le président Ahmed al-Charaa et son cercle restreint, diffère considérablement de l’esprit révolutionnaire qui a déclenché les premières manifestations. Le régime cherche à obtenir la légitimité des puissances occidentales tout en commettant des atrocités contre les Druzes, les Alaouites et d’autres populations minoritaires.
Il est donc essentiel de défendre la révolution dans le Nord-Est de la Syrie. Les avancées en matière de libération des femmes et d’unité entre les différents peuples de la région ont été obtenues grâce à une politique révolutionnaire qui a rendu le pouvoir au peuple. Seule une Syrie qui reflète
véritablement sa riche mosaïque ethnique et religieuse, où tous les citoyens sont à l’abri de la violence systémique, peut être qualifiée de libre.
